Une fois de plus la tendance vient des Etats-Unis

13 octobre 2023

Une fois de plus la tendance vient des Etats-Unis

«Dynastique» et «non dynastique», la planification successorale des grandes fortunes familiales se trouve en pleine mutation. Mais la préservation des intérêts internes de la famille reste primordiale.

Elles s’appellent Peugeot, Swarovski, Botín, ont construit leur fortune dans l’automobile, la mode, la finance, et se succèdent de génération en génération à la tête de la holding ou de l’entreprise. Au-delà de ces points communs, ces familles partagent également une même vision : celle du organisation « dynastique » où la préservation des intérêts familiaux prévaut. En effet, forte de son héritage multigénérationnel, chacune d’entre elles prépare la relève afin de garder la main sur la conduite des affaires, que ce soit activement ou en tant qu’actionnaire majoritaire. Ce modèle de transmission, où les valeurs et l’histoire tiennent une place prépondérante, se voit toutefois opposer aujourd’hui une nouvelle manière de faire. Et celle-ci nous vient sans surprise de l’autre côté de l’Atlantique.

Cristallisé en 2010 par Bill Gates et Warren Buffet via leur initiative « The Giving Pledge », un nouveau modèle de transmission d’entreprise « non-dynastique » progresse, même s’il peine encore à se frayer un chemin en Europe et en Asie. Mais en quoi consiste-t-il exactement ?

Le scénario est généralement le suivant. À l’heure de se retirer, le détenteur d’un capital – soit un entrepreneur de première génération ayant fait fortune rapidement – ne cherche plus à transmettre son entreprise à ses héritiers. Une fois la reconnaissance sociale acquise, il préférera céder tout ou partie de son investissement et quitter la direction opérationnelle des affaires. Le but : donner du sens à son parcours d’entrepreneur en l’inscrivant dans une perspective d’impact. Les actifs ainsi récupérés seront employés certes à lui assurer un train de vie confortable et  à réaliser d’autres investissements, mais aussi et surtout à s’engager dans un projet philanthropique. Pour la majorité de ces acteurs, la recherche de la performance financière n’est donc plus liée à l’essor du business familial, mais destinée à avoir un impact positif sur la société, l’environnement ou encore une problématique de gouvernance. Et les héritiers ont également un rôle à jouer dans ce programme. Comme l’ont expliqué Bill Gates et Warren Buffet, leurs enfants n’hériteront pas de l’entreprise ni de leur immense fortune. Ils seront dotés d’un capital suffisant pour vivre et pour, à leur tour, développer une activité philanthropique, ou tout simplement, investir dans des projets répondant à leurs aspirations.

L’esprit de libre entreprise propre aux Américains explique en partie cette volonté de ne pas perpétuer le capitalisme familial. Pour les tenants de la transmission « non-dynastique » en effet, la fortune implique un devoir de responsabilité envers la société. Charge à soi et à sa descendance de le réaliser.

Les banques privées se sont adaptées à ce changement de paradigme. Alors qu’elles s’étaient essentiellement concentrées sur l’accompagnement d’une génération de successeurs, en mettant l’accent sur la gestion d’entreprise, l’investissement et le réseau, leur proposition de valeur évolue désormais pour remplir de nouveaux objectifs visant à soutenir un système vertueux avec des programmes dédiés aux nextgen, à l’environnement et à la philanthropie. Sans valoriser un système plutôt qu’un autre, les banques sont désormais parfaitement équipées pour accompagner les clients dans cette  transmission. Et lorsqu’elles partagent avec l’entrepreneur qu’elles accompagnent les mêmes valeurs, tout est réuni pour permettre à cette transmission d’être réussie, qu’elle soit dynastique ou non.

EMILE SALAWI 
Responsable Moyen-Orient et Key Clients 
Indosuez Wealth Management en Suisse 

13 octobre 2023

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